À l'ouverture de la session budgétaire, le Président a détaillé quatre priorités pour 2027, la responsabilité, la préparation et la résistance face aux crises exogènes, le maintien de l'activité économique et de l'emploi, ainsi que le renforcement du maillage territorial et de la solidarité.
Le Président de la Polynésie française, Moetai BROTHERSON, a ouvert le 17 septembre 2026 la session budgétaire devant l'Assemblée de la Polynésie française. Il y a présenté les orientations du budget 2027, construites autour d'un mot d'ordre, la résilience.
Un monde plus instable et des risques accrus imposent au Pays de mieux se préparer aux chocs à venir.
Le Gouvernement a choisi de structurer le budget 2027 autour de quatre priorités :
« La résilience, ce n'est pas attendre que la crise passe. C'est notre capacité à anticiper les chocs, à y résister, à nous adapter et à continuer d'avancer », a résumé le Président.
Un « super El Niño » est annoncé pour les prochains mois dans le Pacifique. Le Pays veut s'y préparer avant les premières difficultés.
Trois priorités ont été fixées. Produire davantage de produits locaux, mais aussi les récolter, les transformer, les stocker et les distribuer. Sécuriser les stocks de denrées alimentaires, de médicaments et de dispositifs médicaux. Garantir les communications en cas de crise, pour que les secours puissent être alertés et les administrations rester en lien.
Le Gouvernement proposera la création d'un Fonds de résilience et de stabilisation des prix. Il pourrait être mobilisé en cas de hausse brutale du coût des produits de première nécessité.
Cette précaution fait écho à l'actualité internationale. Les tensions au Moyen-Orient touchent désormais deux passages maritimes majeurs pour le commerce mondial, le détroit d'Ormuz et celui de Bab-el-Mandeb. Un allongement des routes maritimes fait mécaniquement augmenter les coûts de transport et d'énergie, avec des répercussions jusque dans les îles de Polynésie.
Deux nouveaux câbles sous-marins portés par Google ont récemment touché les côtes polynésiennes, Honomoana à Papenoo puis Halaihai à Faratea. Ils viendront s'ajouter à d'autres câbles du même projet pour multiplier les routes empruntées par les données du Pays.
L'objectif est simple. Si une liaison est coupée, une autre doit pouvoir prendre le relais, pour que la Polynésie reste connectée au reste du monde.
Le Gouvernement présentera à nouveau à l'Assemblée un texte créant un cadre juridique pour les opérateurs de télécommunications satellitaires, comme Starlink. Un premier projet de loi sur ce sujet n'avait pas été adopté lors de la séance du 12 mai dernier.
Ces opérateurs devront respecter les règles fixées par le Pays. Ils devront aussi participer au financement de la couverture de tous les archipels, y compris les zones les moins rentables.
À partir de mars 2027, une Conférence des archipels réunira le Gouvernement et les maires de chaque archipel, une journée entière par archipel. Elle doit permettre d'écouter les priorités locales, d'identifier les projets et de mieux coordonner l'action du Pays avec celle des communes.
Le Gouvernement veut aussi renforcer les financements destinés aux associations sociales, médico-sociales et sportives reconnues d'utilité publique.
L'école occupe une place particulière dans cette stratégie. En 2027, les moyens seront davantage orientés vers les établissements scolaires, pour en faire un lieu de transmission, de prévention et de cohésion sociale.
Le système de santé doit continuer à disposer des moyens nécessaires pour soigner, notamment dans les archipels. Mais le Président a insisté sur un second axe, la prévention.
Alimentation, activité physique, addictions, santé mentale, dépistage et vaccination font partie des priorités annoncées. L'objectif est d'agir plus tôt, pour réduire à terme le nombre de malades graves à prendre en charge.
Une partie importante des investissements du Pays repose sur des financements de l'État, que le Gouvernement souhaite continuer à défendre. Il a toutefois rappelé que ces financements ne peuvent pas être considérés comme acquis pour toujours.
Le Troisième instrument financier, qui finance des routes, des ports et des aérodromes depuis 2011, n'est pas revalorisé selon l'évolution du coût des travaux. Selon les évaluations du Pays, sa portée réelle aurait ainsi diminué d'environ 43 % en quinze ans.
Le Président a également évoqué le Fonds intercommunal de péréquation, qui redistribue une partie des recettes fiscales du Pays aux communes. Ce taux de prélèvement, fixé à 17 % depuis 2006, fait l'objet de débats sur une éventuelle hausse.
Pour élargir ses partenaires, le Gouvernement a annoncé vouloir engager une démarche d'adhésion à la Banque asiatique de développement. Cette institution finance déjà des infrastructures dans plusieurs pays du Pacifique. La démarche nécessite l'autorisation du Président de la République.
Monsieur le Président de l'Assemblée de Polynésie française,
Mesdames et Messieurs les représentants de l'État,
Mesdames et Messieurs les représentants,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs de la presse et tous ceux qui nous regardent ce matin.
Nous ouvrons aujourd'hui une session budgétaire qui intervient dans un contexte particulier. Le monde autour de nous a changé. Les équilibres politiques au sein de cette Assemblée ont changé. Et les risques auxquels notre Pays doit se préparer ont aussi changé d'échelle.
Face à cette situation, le Gouvernement souhaite placer un mot au cœur des orientations budgétaires pour 2027 : la résilience.
La résilience, ce n'est pas attendre que la crise passe. C'est notre capacité à anticiper les chocs, à y résister, à nous adapter et à continuer d'avancer.
Notre stratégie pour ce budget reposera donc sur quatre piliers : la responsabilité, la préparation et la résistance face aux crises exogènes, le maintien de l'activité économique et de l'emploi, et le renforcement du maillage territorial et de la solidarité.
La responsabilité.
La première résilience est budgétaire. Nous devons assurer la couverture de nos dépenses obligatoires, garantir la continuité de nos services publics et honorer les engagements pris par la collectivité.
Mais la responsabilité consiste aussi à nous demander, pour chaque franc public dépensé, s’il est utilisé au meilleur endroit, au meilleur moment et pour la bonne politique publique. Chaque franc public doit être un franc utile.
Cela suppose une gestion efficace des deniers publics : simplifier nos procédures, réduire les délais, améliorer l’exécution de nos investissements et évaluer davantage nos politiques publiques.
Cette exigence doit aller de pair avec une exigence tout aussi forte : la transparence. L’argent public appartient aux Polynésiens. Ils doivent pouvoir savoir comment il est utilisé, pourquoi il est utilisé et quels résultats il produit.
Notre résilience passe aussi par la diversification de nos partenaires
Mesdames et Messieurs les représentants,
La responsabilité doit aussi nous conduire à regarder avec lucidité l’environnement financier dans lequel nous construisons ce budget.
Une part importante de nos investissements repose historiquement sur des dispositifs conventionnels conclus avec l’État. Nous entendons bien évidemment poursuivre ces partenariats.
Mais la résilience consiste aussi à ne jamais considérer un financement extérieur comme définitivement acquis. L’expérience récente nous invite à la prudence. En 2025, la contribution de l’État au Contrat de développement et de transformation destiné aux communes a été diminuée de moitié. Aujourd’hui, dans un contexte budgétaire national encore plus contraint, et à l’approche de l’élection présidentielle, les perspectives ne nous invitent pas à davantage d’optimisme.
Nous continuerons à défendre chaque engagement conventionnel pris avec la Polynésie française, mais nous devons simultanément nous préparer à l’hypothèse où certains concours de l’État seraient moins dynamiques que nos besoins.
Le Troisième instrument financier, le 3IF, en fournit une autre illustration. Depuis 2011, il finance des infrastructures essentielles : routes, ports, aérodromes et ouvrages de défense contre les eaux. Le partenariat est utile et a permis de financer des centaines d’opérations dans nos archipels.
Mais malgré les demandes répétées du Pays, l’État refuse toujours d’indexer ce dispositif sur l’évolution de l’indice du BTP. Une enveloppe qui reste nominalement stable alors que le coût des travaux augmente est, en réalité, une enveloppe dont la portée diminue. Depuis 2011, cette évolution a conduit, selon nos évaluations, à une diminution d’environ 43 % de la portée réelle du 3IF. Avec une enveloppe nominale comparable, nous construisons donc sensiblement moins d’infrastructures qu’il y a 15 ans.
Dans un Pays composé de 118 îles et 5 archipels, ce n’est pas un sujet secondaire. C’est une question d’aménagement du territoire, de désenclavement et, désormais, face aux risques climatiques, une question de résilience.
La même exigence de lucidité doit prévaloir lorsque nous parlons du Fonds intercommunal de péréquation. J’entends des propositions consistant à augmenter le taux de prélèvement sur les recettes fiscales du Pays. J’entends également celles qui envisagent une modification de l’article 52 de notre statut.
Ces propositions peuvent naturellement être débattues. Mais avant de demander au Pays, et donc aux contribuables polynésiens, d’accroître encore leur contribution au FIP, il me semble qu’une question préalable doit être posée : quelle évolution l’État est-il prêt à consentir sur sa propre participation au financement du FIP ? Depuis 2006, la quote-part prélevée sur les impôts, droits et taxes du Pays est fixée à 17 %. Avant d’envisager de relever encore ce prélèvement, commençons donc par demander, tous ensemble, à l’État de prendre lui aussi une part supplémentaire à l’effort en faveur de nos communes.
Et c’est précisément parce que nous voulons renforcer notre résilience que nous devons aller plus loin. Nous devons diversifier nos partenaires financiers. Mā’ohi Nui appartient au Pacifique.
Nous partageons avec nos voisins les mêmes défis : éloignement, dispersion géographique, coût des infrastructures, changement climatique, sécurité énergétique, connectivité, sécurité alimentaire et vulnérabilité aux catastrophes naturelles.
La Banque asiatique de développement, Asian Development Bank, est l’un des partenaires financiers majeurs du développement dans le Pacifique.
Elle intervient notamment dans les infrastructures, les transports, l’énergie, les télécommunications, le développement du secteur privé, la résilience climatique et le financement des catastrophes naturelles.
C’est pourquoi je vous annonce aujourd’hui que le Gouvernement a l’intention d’adresser au Président de la République une demande, afin d’obtenir l’autorisation nécessaire pour engager une démarche d’adhésion du Fenua à la Banque asiatique de développement.
Cette démarche ne se fera pas contre l’État, ni contre nos partenaires historiques, elle se fera en complément de ces partenariats.
Diversifier nos partenaires, ce n’est pas tourner le dos à personne, c’est donner à la Polynésie davantage de possibilités d’agir.
Pilier numéro 2. Se préparer et résister face aux crises exogènes.
El Niño est là.
On nous annonce déjà un « super El Niño ».
Nous devons nous préparer avant les premières difficultés.
Notre première priorité sera donc de construire une véritable chaîne d’approvisionnement en produits locaux.
Produire davantage est indispensable, mais il faut aussi récolter, transformer, stocker, transporter et distribuer, y compris lorsque les conditions normales sont perturbées.
Nous devons également sécuriser nos approvisionnements essentiels. Denrées alimentaires, médicaments, dispositifs médicaux et produits indispensables au fonctionnement du système de santé.
La troisième priorité concerne les communications.
Lorsqu’une crise survient, communiquer n’est pas un confort. C’est une nécessité vitale. Une population isolée doit pouvoir appeler les secours.
Un Tavana doit pouvoir communiquer avec le Pays.
Nos services de sécurité civile doivent pouvoir coordonner leurs interventions.
Nos entreprises doivent pouvoir continuer à travailler.
Nos banques, nos administrations, nos établissements de santé doivent pouvoir continuer à échanger des données.
Et la Polynésie doit pouvoir continuer à communiquer avec le reste du monde.
Dans ce domaine, nous sommes précisément en train de franchir une étape historique.
Ces derniers jours, deux nouveaux câbles sous-marins portés par Google ont touché nos côtes. Honomoana à Papenoo, puis Halaihai à Faratea.
Avec les autres composantes du projet, notamment Bulikula et Tabua, vont constituer une nouvelle infrastructure qui va multiplier les routes empruntées par nos données et contribuer à créer une architecture beaucoup plus redondante entre la Polynésie, le nord et l’ouest du Pacifique.
C’est précisément cela, la résilience.
Ne plus dépendre d’un câble unique.
Faire en sorte que lorsqu’une liaison est interrompue, une autre puisse prendre le relais.
Notre ambition n’est donc pas simplement d’avoir davantage de débit.
Elle est de faire de Mā’ohi Nui un véritable carrefour numérique du Pacifique, connecté par plusieurs routes indépendantes au reste du monde.
Mais les câbles sous-marins ne constituent qu’une partie de la réponse. Pour certaines de nos îles les plus éloignées, le satellite représente aujourd’hui une technologie complémentaire particulièrement intéressante. Là encore, notre philosophie doit être la même.
Diversifier pour sécuriser.
Nous ne voulons dépendre exclusivement ni d’un câble, ni d’un opérateur, ni d’une technologie.
C’est dans cet esprit que le Gouvernement présentera prochainement à nouveau à cette Assemblée, les textes destinés à créer le cadre juridique adapté aux opérateurs de télécommunications satellitaires, comme Starlink.
Je rappelle que le projet de loi relatif au régime juridique des télécommunications extérieures présenté par le Gouvernement n’a malheureusement pas été adopté ici même, il y a quelques mois, lors de notre séance du 12 mai dernier. Nous tirons naturellement les enseignements, nous écouterons les observations qui ont été formulées, mais nous représenterons ces textes. Les Polynésiens les attendent.
Parce que le sujet n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre Starlink ou tout autre opérateur satellitaire. Le sujet est de savoir quelles règles doivent s’appliquer à tous les opérateurs qui souhaitent accéder au marché polynésien.
Ils doivent pouvoir proposer leurs services, mais ils doivent aussi respecter nos règles, participer équitablement au financement de la couverture territoriale et contribuer aux obligations qui permettent de desservir nos îles et nos populations, même les moins rentables commercialement.
C’est d’ailleurs le sens de la réforme du service public des télécommunications que le Gouvernement a engagée. Garantir l’accès au haut débit dans tous les archipels et mettre en place un financement dans lequel les acteurs bénéficiaires du marché polynésien contribuent aux obligations de couverture territoriale.
Des câbles sous-marins multiples, des liaisons satellitaires complémentaires, des opérateurs multiples, des technologies différentes. Voilà ce qu’est une infrastructure numérique résiliente. Et demain, si un cyclone, un glissement sous-marin, une panne technique ou un événement géopolitique coupe l’une de nos routes numériques, notre objectif doit être simple, que la Polynésie reste connectée.
Troisième pilier. Maintenir l’activité économique et l’emploi.
Notre troisième pilier consistera à préserver notre capacité à produire, à travailler et à assurer les services essentiels.
Pendant les trois premières années de ce mandat, nous avons su accompagner une augmentation annuelle constante de l’emploi salarié de 4 %.
Nous voulons maintenir un niveau soutenu d’investissement et de commande publique.
Il faut aussi consolider les secteurs dont le fonctionnement doit être préservé : liaisons terrestres, maritimes et aériennes, services à la personne, santé, éducation, distribution alimentaire, restauration scolaire et services publics strictement nécessaires.
Le Gouvernement proposera la création d’un Fonds de résilience et de stabilisation des prix, mobilisable lorsque des circonstances exceptionnelles provoquent une hausse brutale du coût des produits de première nécessité. Son périmètre, ses critères de déclenchement et ses règles devront être précisément définis, transparents et soutenables.
La crise qui se déroule actuellement au Moyen-Orient nous donne une illustration particulièrement brutale de ce que signifie notre dépendance au reste du monde. Pendant plusieurs mois, notre attention s’est naturellement concentrée sur le détroit d’Ormuz. Avant le conflit, près d’un cinquième de l’énergie mondiale transitait par ce passage maritime. Aujourd’hui encore, la circulation y demeure profondément perturbée.
Mais depuis quelques jours, un deuxième verrou maritime est à son tour directement menacé, Bab-el-Mandeb, la porte de la mer Rouge. Les forces houthistes, alliées à l’Iran, ont pris le contrôle de Moka et de l’île stratégique de Périm, située au milieu même du détroit. Nous devons prendre la mesure de ce que cela signifie.
D’un côté, Ormuz, qui commande l’accès au golfe Persique.
De l’autre, Bab-el-Mandeb, qui commande l’accès à la mer Rouge et, au-delà, au canal de Suez. Deux des principales artères du commerce et de l’énergie mondiaux sont donc simultanément fragilisées.
Les conséquences ne sont pas théoriques. Lorsque les navires doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, les temps de transport s’allongent considérablement, les coûts de fret augmentent, les assurances augmentent, le prix de l’énergie augmente, et tôt ou tard, ces surcoûts arrivent jusque dans nos îles.
Voilà pourquoi ce qui se passe aujourd’hui à Ormuz et Bab-el-Mandeb concerne directement notre Fenua.
Nous sommes à des milliers de kilomètres du conflit. Mais nous sommes au bout des chaînes logistiques qu’il perturbe.
Nous ne pouvons ni rouvrir Ormuz, ni sécuriser Bab-el-Mandeb.
En revanche, nous pouvons décider de produire davantage chez nous.
Nous pouvons constituer des stocks stratégiques. Nous pouvons diversifier nos sources d’approvisionnement.
Nous pouvons réduire notre consommation d’hydrocarbures et nous pouvons développer nos énergies renouvelables.
Et nous pouvons, dans ce même contexte, nous doter de ce Fonds de résilience et de stabilisation des prix, capable d’amortir temporairement les conséquences d’un choc extérieur majeur sur les produits essentiels.
La géographie nous impose certaines vulnérabilités.
Notre politique doit empêcher qu’elles deviennent des fatalités.
Quatrième pilier. Renforcer le maillage territorial de la solidarité.
La résilience se construit dans chaque commune, chaque île, chaque quartier, chaque école et chaque association.
En 2027, nous voulons flécher massivement nos efforts vers les établissements scolaires. L’école doit redevenir un repère social et de cohésion. Lieu de transmission, de prévention, d’alimentation équilibrée, de sport, de culture et, lorsque les circonstances l’exigent, point d’appui de la solidarité collective.
Nous voulons replacer l’école au centre de notre société.
Renforcer notre maillage territorial suppose aussi de changer notre manière de travailler avec les communes.
C’est pourquoi j’annonce la mise en place, dès mars 2027, de la Conférence des archipels.
Une journée entière sera consacrée à chaque archipel.
Pour chacune de ces journées, le Gouvernement échangera avec l’ensemble des Tavana de l’archipel concerné afin d’écouter, de confronter nos priorités, d’identifier les projets, d’anticiper les difficultés et de mieux coordonner l’action du Pays et celle des communes.
Les prémices de cette Conférence des archipels nous viennent, encore une fois, des Henua Enana, que je remercie.
Notre unité ne doit jamais signifier l’uniformité. La Conférence des archipels sera un lieu de coordination, de dialogue et d’action entre le Pays et les communes.
Nous voulons également créer une passerelle plus efficace entre le Pays et les communes afin de mobiliser des financements pour les actions de proximité, renforcer les financements aux associations sociales, médico-sociales, sportives, reconnues d’utilité publique et à toutes celles dont la portée sociale et communautaire est démontrée.
Investir dans ces associations, c’est investir dans la capacité de notre société à prendre soin d’elle-même.
La santé. Soigner et prévenir.
Notre système de santé doit disposer des moyens nécessaires pour soigner. Nos personnels doivent pouvoir exercer dans de bonnes conditions, nos équipements et infrastructures doivent évoluer et l’accès aux soins dans les archipels doit progresser.
Mais notre politique doit reposer sur deux jambes, le soin et la prévention.
Alimentation, activité physique, addictions, santé mentale, dépistage, vaccination et prévention des maladies métaboliques. Nous devons agir plus tôt.
Il ne s’agit pas de choisir entre les soignants et la prévention.
Il s’agit de donner aux soignants les moyens de soigner aujourd’hui, tout en donnant à notre société les moyens d’avoir moins de malades graves à soigner demain.
Une nouvelle situation politique. A chacun ses responsabilités
Mesdames et Messieurs les représentants,
Cette session s’ouvre dans une configuration politique nouvelle. Le Gouvernement ne dispose plus aujourd’hui d’une majorité absolue au sein de cette Assemblée. C’est un fait, et je le respecte. Mais les institutions demeurent.
L’Assemblée vote le budget, amende, délibère et contrôle l’action du gouvernement.
Le gouvernement conduit l’action publique.
Le Président de la Polynésie française dirige l’action du Gouvernement et assume la responsabilité de l’exécution du budget.
Les épisodes autour des collectifs budgétaires n° 2 et n° 3 ont montré les difficultés qui apparaissent lorsque cette frontière devient un terrain d’affrontement politique.
Contrôler le Gouvernement n’est pas gouverner à sa place.
Amender un budget n’est pas se substituer à l’exécutif.
Et contrôler l’action du Gouvernement n’épuise pas toutes les possibilités d’action de notre Assemblée.
L’Assemblée dispose elle-même d’un budget, et elle a déjà démontré, à plusieurs reprises, qu’elle pouvait décider souverainement d’en consacrer une partie à la solidarité polynésienne. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une pratique qui appartient à notre histoire budgétaire récente.
En 2013, l’Assemblée a reversé 130 millions de francs CFP au Pays.
En 2017, elle a décidé collégialement de reverser 100 millions de francs CFP pour venir en aide aux sinistrés des intempéries du mois de janvier. Ces deux précédents sont expressément rappelés dans les travaux budgétaires de l’Assemblée.
Puis est arrivée la crise sanitaire.
En 2020, l’Assemblée a décidé à l’unanimité de contribuer à l’effort du Pays à hauteur de 915,9 millions de francs CFP, soit 40 % de sa dotation forfaitaire de fonctionnement, afin de participer aux mesures économiques destinées à atténuer les conséquences de la crise de la Covid sur l’emploi.
En 2021, elle a de nouveau décidé à l’unanimité de reverser 350 millions de francs CFP au Pays pour contribuer à la solidarité sanitaire. 300 millions destinés au Centre hospitalier de la Polynésie française et 50 millions à l’Institut Louis Malardé. Au total, sur ces quatre exercices, ce sont donc près de 1,5 milliard de francs CFP que l’Assemblée a choisi de consacrer à la solidarité.
Ces précédents nous rappellent une chose importante. La solidarité n’est pas le monopole du Gouvernement.
L’Assemblée peut contrôler, elle peut amender, elle peut proposer, mais elle peut aussi contribuer. Et elle dispose aujourd’hui de marges qui ne sont pas négligeables.
À la clôture de l’exercice 2025, le résultat cumulé du budget de l’Assemblée atteignait 1,467 milliard de francs CFP. Après couverture du besoin de financement de la section d’investissement, le solde s’établissait précisément à 1 465 964 848 francs CFP, soit près de 1,466 milliard de francs CFP.
Ce montant a été repris en 2026 en excédent de fonctionnement reporté. Les documents budgétaires les plus récents font également apparaître 279,4 millions de francs CFP de résultat d’investissement reporté.
Il convient cependant de ne pas additionner mécaniquement ces deux sommes, comme si elles constituaient toutes deux une réserve librement mobilisable, puisque leur nature et leur affectation budgétaires sont différentes.
Dès lors, dans la période d’incertitude que nous traversons, je veux le dire sans polémique. Si l’Assemblée souhaite aller au-delà du contrôle et participer directement à l’effort de résilience du Pays, elle en a la possibilité.
Elle pourrait décider d’un nouveau reversement au budget du Pays. Et elle pourrait, comme cela a déjà été fait, indiquer clairement la finalité à laquelle elle souhaite que cette contribution soit consacrée. Soutien aux familles les plus fragiles, constitution de stocks stratégiques, sécurité alimentaire, santé, préparation à El Niño, soutien aux communes ou encore stabilisation du prix des produits de première nécessité.
Le Gouvernement est naturellement disposé à travailler avec l’Assemblée pour que, si elle faisait ce choix, chaque franc reversé soit identifié, traçable et consacré à l’objectif de solidarité qu’elle aurait souhaité soutenir.
Car dans les périodes difficiles, chacun doit prendre sa part.
Le Gouvernement en gouvernant.
L’Assemblée en contrôlant.
Et, lorsque les circonstances l’exigent, toutes nos institutions en contribuant ensemble à la solidarité polynésienne.
Nous sommes par ailleurs à quelques jours des élections sénatoriales. Il est légitime que les candidats présentent leurs propositions et cherchent à convaincre les grands électeurs.
Mais la session budgétaire de la Polynésie française n’est pas une réunion de campagne pour les élections sénatoriales.
Un sénateur est un parlementaire de la République. Il participe au vote des lois nationales, au contrôle de l’action du Gouvernement de la République et à l’évaluation des politiques publiques nationales. Le Sénat assure la représentation des collectivités territoriales de la République. Mais un sénateur, sauf à être également représentant à l’APF, ne vote pas le budget de la Polynésie française, ne dirige pas, en tout état de cause, ses services, et n’exécute pas ses politiques publiques.
A chaque institution son rôle, à chaque élu son mandat, à chaque élection son débat.
Aujourd’hui, ici, notre responsabilité est le budget de la Polynésie française. Nous pouvons être en désaccord, amender, débattre et contrôler. Mais nous devons aussi et surtout décider. Car les crises, elles, n’attendent pas.
Le budget de la Polynésie française n’appartient ni au Gouvernement, ni à la majorité, ni à l’opposition. Il appartient aux Polynésiens.
Un budget traduit une politique publique cohérente.
L’Assemblée peut la discuter, l’amender et la contrôler.
Le Gouvernement doit conserver la capacité de conduire l’action publique dont il porte la responsabilité.
Je serai toujours disponible pour rechercher des compromis.
Mais un compromis n’est pas une capitulation.
Notre budget 2027 devra poursuivre un objectif simple.
Redonner à la Polynésie des marges de liberté.
La liberté de nourrir davantage sa population.
De produire davantage son énergie.
De sécuriser ses approvisionnements.
De communiquer avec le monde.
De maintenir son économie en activité.
De protéger les familles grâce au Fonds de résilience et de stabilisation des prix.
De se déplacer autrement.
De préserver notre système de santé.
De travailler davantage avec nos archipels, nos communes, nos Tavana et nos associations.
Et de diversifier nos partenaires financiers afin de ne dépendre d’aucun bailleur unique.
Nos Tupuna ont traversé le plus grand océan du monde sans moteurs, satellites ni prévisions météorologiques modernes. Ils ne contrôlaient ni les vents, ni les courants, ni les tempêtes. Mais ils savaient observer, anticiper, préparer, travailler ensemble et surtout où ils voulaient aller.
Nous non plus, nous ne maîtrisons pas les tempêtes du monde.
Mais nous pouvons préparer notre pirogue, renforcer ses coques, réparer ses voiles, prévoir suffisamment de nourriture et d’eau, préparer les outils permettant de réparer les avaries, apprendre à mieux lire les étoiles et nous assurer que, d’un archipel à l’autre, tout le monde connaît le cap.
C’est exactement ce que doit être le budget 2027.
Un budget de responsabilité, un budget de préparation, un budget qui protège l’activité et l’emploi, un budget qui renforce les solidarités, un budget qui rapproche le Pays de ses communes et surtout, un budget de résilience.
Parce que la véritable résilience d’un peuple ne se mesure pas au nombre de tempêtes qu’il a réussi à éviter. Elle se mesure à sa capacité à les anticiper, à les traverser ensemble et, lorsque le ciel s’éclaircit, à continuer d’avancer sans avoir perdu son cap.
Māuruuru e te aroha ia rahi.