Aldébaran-Moruroa : 60 ans de mémoire, une première pour le Pays
Nucléaire

Aldébaran-Moruroa : 60 ans de mémoire, une première pour le Pays

3 juil. 2026

Les 2 et 3 juillet 2026, le Pays a organisé pour la première fois une commémoration officielle des essais nucléaires français en Polynésie, à l'occasion des 60 ans du premier tir, réalisé le 2 juillet 1966 à Moruroa. Portée à l'initiative du Président Moetai Brotherson, la manifestation « 1966-2026. Aldébaran - Moruroa. Ono 'ahuru matahiti » s'est déroulée aux Jardins Pū Mahara, à Papeete, réunissant tables rondes, expositions, créations artistiques et temps de mémoire.

Le Président a ouvert les deux journées de commémoration en soulignant le caractère inédit de cette manifestation. Pour la première fois, le Pays organisait cet hommage avec la volonté d'associer pleinement les Polynésiennes et les Polynésiens au récit de leur propre histoire et d'en assurer la transmission aux jeunes générations. Il est revenu sur les années qui séparent le premier essai aérien de 1966 du dernier essai souterrain de 1996 et sur le chemin parcouru depuis les premières voix de contestation, jusqu'à la reconnaissance politique et scientifique d'aujourd'hui.

Le Président a rappelé l'avancée obtenue le 28 mai 2026, lorsque le Sénat a adopté à l'unanimité la proposition de loi portée par la députée Mereana Reid Arbelot, qui vise à faire passer l'indemnisation des victimes d'une présomption de causalité à une présomption irréfragable, en supprimant le seuil du millisievert. Il a également annoncé :

  • L'avancement du projet de centre de mémoire Pū Mahara 'ātōmī, un avant-projet scientifique et culturel a été validé en début d'année,
  • Les travaux de dépollution et de rénovation de l'Hôtel de la Marine, qui accueillera le futur centre, débuteront dès la rentrée de septembre,
  • La constitution d'une équipe pluridisciplinaire, pour en définir le contenu et le parcours de visite, avec un objectif d'ouverture dans deux à trois ans.

Ce jeudi 2 juillet, le Président est également intervenu lors de la première table ronde de la matinée, consacrée à la reconnaissance des victimes de l'exposition aux essais nucléaires français et à l'amélioration de leur indemnisation, aux côtés notamment de la députée Mereana Reid Arbelot, de la présidente de l'association Hei ora, de représentants de Moruroa e Tātou et de l'association 193 ainsi que la déléguée aux affaires internationales, européennes et du Pacifique. En fin de journée, il a présidé la cérémonie de commémoration solennelle organisée place Tū Marama, un temps de recueillement dédié à toutes les victimes et à celles et ceux qui se sont opposés aux essais nucléaires.

Les deux journées ont par ailleurs donné lieu à plusieurs temps forts :

  • Neuf tables rondes et conférences consacrées aux conséquences sanitaires, environnementales et sociales des essais, à la situation de l'atoll de Tureia et à l'engagement de la jeunesse polynésienne,
  • Des cérémonies traditionnelles autour du bois de 'aito prélevé à Moruroa, dont la préparation de rā'au (remèdes) et la confection de tapa,
  • La présentation de créations réalisées par les étudiants du Centre des métiers d'art, dont une fresque de 73 mètres et une série de sculptures issues des troncs de 'aito, dont la radioactivité a fait l'objet de mesures de contrôle par l'Autorité de sûreté nucléaire.
  • L'exposition photographique « Vestiges », de Julie Pomery, a présenté des clichés des sites nucléaires pris juste avant leur démantèlement en 2008.
  • Le public a également pu assister à la représentation théâtrale « Huiroro, les visions du destin », à la séance de dédicace de Béatrice Airuarii Mou Sang Teinauri pour son ouvrage « Je m'appelle Airuarii », ainsi qu'au concert du groupe pa'umotu Hirinaki Sound.

La Délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN) a ouvert ses portes durant les deux jours, proposant des projections de films documentaires et de podcasts ainsi que la consultation de son fonds documentaire.

Une sélection d'œuvres présentées durant la manifestation sera visible à partir du 9 juillet 2026 au Musée de Tahiti et des Îles, tandis qu'une exposition dédiée aux 60 ans d'Aldébaran est organisée à Huahine, à la bibliothèque municipale de Fare, jusqu'au 5 juillet.