Protection des fonds marins : la Polynésie demande la protection des espaces situés aux portes de sa ZEE
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Protection des fonds marins : la Polynésie demande la protection des espaces situés aux portes de sa ZEE

3 août 2026

Face à un projet d'exploration minière menaçant les abords de sa zone économique exclusive (ZEE), le Pays se mobilise pour protéger les grands fonds marins du South Penrhyn Basin.

Pour porter cette action, un arrêté a été présenté lors du Conseil des ministres par Taivini TEAI, le ministre de l'Agriculture, des Ressources marines et de l'Environnement. Ce texte formalise le vœu du Pays demandant à l'État d'engager les démarches diplomatiques et juridiques nécessaires en faveur du South Penrhyn Basin.

Le South Penrhyn Basin, une région sous-marine convoitée

S'étendant sur plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés à environ 5 000 mètres de profondeur dans le Pacifique Sud, le Penrhyn Basin se situe principalement dans les ZEE des îles Cook et de Kiribati. En bordure directe des eaux polynésiennes, toute action menée dans ces espaces limitrophes a un impact direct sur l’environnement local. Pour le Pays, l’enjeu dépasse ainsi largement le cadre d’un simple projet minier.

Ce bassin est particulièrement convoité en raison de sa forte concentration de nodules polymétalliques (riches en cobalt, nickel et cuivre). Il représente l'un des gisements sous-marins les plus prometteurs au monde, juste après la zone de Clarion-Clipperton.

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Une situation préoccupante pour l’espace maritime polynésien

Cette position du Pays fait suite à une demande de licence d'exploration minière déposée par la société américaine American Deep Sea Minerals Inc. et publiée par la NOAA (l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique).

Cette zone présente des caractéristiques particulièrement sensibles :

  • Proximité géographique : la zone visée jouxte directement la réserve de la Société Ouest, une aire marine protégée intégrale (catégorie I de l'UICN) intégrée au réseau Tainui Atea et créée en septembre 2025 dans le prolongement de la 3ᵉ Conférence des Nations unies sur l'océan.

  • Connectivité écologique : appartenant au même ensemble océanographique que l'aire marine protégée située à l'ouest de l'archipel de la Société, cet espace abrite les mêmes écosystèmes profonds et les mêmes espèces migratrices protégées (requins, raies, tortues marines).

  • Impacts environnementaux et économiques : réalisée sans consultation préalable du Pays, cette exploitation expose la région à des pollutions, à des perturbations des courants biologiques et des couloirs migratoires, ainsi qu'à une fragilisation de la pêche locale.

Une procédure engagée hors des instances internationales

La demande américaine est instruite en se basant uniquement sur la législation américaine, contournant totalement le cadre multilatéral de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), alors même que la zone se situe dans des eaux internationales.

Pourtant, cette poche de haute mer est ciblée pour devenir une aire marine protégée dans le cadre du traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), un accord international de l'ONU conçu précisément pour protéger la biodiversité hors des juridictions nationales.

Le Pays sollicite une intervention de l’État

Face à ces enjeux, le gouvernement de la Polynésie française formule le vœu que l'État engage rapidement des démarches auprès des autorités américaines et de la communauté internationale, afin notamment de :

  • Suspendre ou rejeter la demande de la société American Deep Sea Minerals Inc.

  • Rappeler l'attachement de la France au multilatéralisme de l'Autorité internationale des fonds marins et exiger la consultation des territoires riverains.

  • Soutenir la protection de cette poche de haute mer à travers le traité international BBNJ.

  • Étudier les recours juridiques pour prévenir toute autorisation qui menacerait les intérêts environnementaux et océaniques de la France dans le Pacifique.

Par cette démarche, le Pays confirme sa volonté constante de protéger les écosystèmes océaniques. Une position cohérente avec la récente mise en place du réseau d'aires marines protégées Tainui Atea et son refus permanent de toute activité minière sous-marine au sein de sa propre zone économique exclusive.