Le Pays renforce la connaissance scientifique des grands fonds marins pour éclairer les décisions publiques et préserver durablement les écosystèmes du Pacifique.
Le Gouvernement de la Polynésie française a participé ce jeudi à la restitution régionale de l’expertise scientifique collective intitulée « Enjeux de connaissance et de gouvernance des grands fonds marins : quels savoirs, quels usages et quelle gouvernance pour le Pacifique ? », conduite par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), en partenariat avec la communauté scientifique.
Commanditée en 2023 par le secrétariat d’État chargé de la Mer, cette expertise pluridisciplinaire a pour objectif de dresser un état des connaissances scientifiques disponibles sur les écosystèmes, les ressources et les usages des grands fonds marins dans les espaces maritimes français du Pacifique, ainsi que dans les eaux internationales. Elle vise à éclairer les décisions publiques et à contribuer à une meilleure gouvernance de ces milieux encore largement méconnus.
À cette occasion, le Président a rappelé l’importance fondamentale de l’océan pour les Polynésiens et la position constante du Pays en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins, exprimée dès 2022.
Cette volonté s’est traduite par le renforcement du cadre de protection de l’aire marine gérée Tainui Atea, qui couvre l’ensemble de la zone économique exclusive de la Polynésie française, soit près de 5 millions de km². Les mesures adoptées en septembre 2025 ont notamment renforcé la protection des écosystèmes profonds et consacré l’interdiction de l’exploitation des ressources minérales dans les espaces marins concernés par la réglementation polynésienne.
Le Pays poursuit parallèlement ses efforts pour améliorer la connaissance des monts sous-marins et des écosystèmes profonds, en s’appuyant sur les travaux du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’Office français de la biodiversité (OFB), de l’IRD, de l’Ifremer et des partenaires scientifiques locaux.
Le projet de chaire internationale consacrée aux grands fonds marins s’inscrit dans cette dynamique. Il doit permettre de développer des recherches interdisciplinaires, notamment sur les monts sous-marins des Marquises, des Australes et de la région de Tahiti, de renforcer les compétences scientifiques locales et de favoriser une coopération durable avec les autres pays du Pacifique.
La restitution intervient dans un contexte de pressions croissantes sur les écosystèmes marins : activités de pêche, dispositifs de concentration de poissons dérivants, risques de pollution et perspectives d’exploration minière des grands fonds.
Le Président a notamment souligné les préoccupations soulevées par une demande américaine d’autorisation d’exploration minière dans le South Penrhyn Basin, une poche de haute mer située à proximité des zones économiques exclusives de la Polynésie française, des îles Cook et de Kiribati. Cette situation interroge les risques d’impacts transfrontières et la cohérence des efforts de protection entrepris dans la région.
La Polynésie française entend ainsi promouvoir une approche fondée sur la science, la coopération régionale et le respect du cadre multilatéral, notamment dans la perspective de la mise en œuvre du traité sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, dit traité BBNJ.
Pour le Pays, l’amélioration des connaissances constitue une condition essentielle à la définition de politiques publiques adaptées et à la protection durable des grands fonds marins. La science doit permettre de mieux caractériser la biodiversité, le fonctionnement et la vulnérabilité des écosystèmes profonds, d’identifier les pressions qui s’exercent sur eux et d’éclairer les choix de gouvernance.
Le Président a réaffirmé son attachement à une « diplomatie du vivant », privilégiant la préservation des écosystèmes, la coopération avec les États et territoires du Pacifique et la recherche d’alternatives durables aux modèles extractifs.
La Polynésie française souhaite que les travaux présentés et les échanges de cette journée contribuent à dégager des orientations concrètes pour la recherche, la gestion et la protection des grands fonds marins, au bénéfice des générations présentes et futures.
" La connaissance scientifique doit précéder toute décision susceptible d’entraîner des effets irréversibles sur les grands fonds marins et les écosystèmes du Pacifique." - Moetai Brotherson